Feux de forêt : bilan de mi-saison dans la Loire

Depuis 1er juin 2026, les sapeurs-pompiers de la Loire ont réalisé à ce jour près de 500 interventions pour feux de forêt et d'espaces naturels, contre 332 sur la même période en 2025. Dans le même temps, près de 300 sapeurs-pompiers ont été engagés en renfort dans neuf départements. Après Poncins, Saint-Just-la-Pendue, Commelle-Vernay, Saint-Chamond, Montverdun, Nervieux, Souternon... le feu de Sail-sous-Couzan, qui a parcouru 34 hectares les 22 et 23 août, rappelle que la saison n'est pas achevée. Le SDIS de la Loire dresse le bilan de cette mi-saison et rappelle les mesures de prévention en vigueur.
Incendie Sail-sous-Couzan

Le bilan opérationnel

"Par rapport à l'année dernière c'est deux fois plus de départ de feux et six fois plus de surface brulée. Mais un bilan c'est aussi ce qu'on a protégé, et grâce à l'engagement massif de nos sapeurs-pompiers, on a pu protéger plusieurs centaines d'hectares, mais également des habitations, des fermes et notamment avoir un bilan sans victimes".

Colonel Di Girolamo - directeur adjoint du SDIS 42.


 

Le 27 juin, une journée de sollicitation exceptionnelle

Le samedi 27 juin constitue le point culminant de la saison. Onze départs de feu ont été recensés dans le département, dont sept feux d'ampleur traités simultanément. Au total, 201,5 hectares ont été parcourus par les flammes en une seule journée — plus de la moitié du bilan estival — et plus de 400 sapeurs-pompiers ont été engagés sur la même période.

À Saint-Just-la-Pendue, le feu a parcouru 100 hectares et mobilisé 130 sapeurs-pompiers, avec l'appui d'un drone au profit du commandement pour suivre la progression du sinistre. À Poncins, 70 hectares ont brûlé et 104 sapeurs-pompiers ont été engagés, appuyés par un avion bombardier d'eau dont l'action a permis de préserver un haras et une exploitation agricole. Cinq autres foyers ont été traités en parallèle, de Saint-Chamond à Perreux, ainsi qu'en bordure de l'autoroute A89, sur la commune de Sainte-Colombe-sur-Gand.

Ce même jour, des groupes d'intervention feux de forêt du Rhône et de l'Ardèche sont venus renforcer le dispositif ligérien sur le feu de Tartaras.

Farnay : 17 hectares parcourus, 50 hectares préservés

Le 12 juillet, un feu s'est déclaré sur la commune de Farnay et a parcouru 17 hectares. L'action des 121 sapeurs-pompiers engagés a permis d'éviter sa propagation à 50 hectares de forêt supplémentaires.

Sail-sous-Couzan : 34 hectares et deux jours d'engagement

Le 22 août à 13h45, un feu de broussailles et de forêt résineuse s'est déclaré route des Barrages, sur la commune de Sail-sous-Couzan. Développé en pente ascendante, il a nécessité l'engagement d'une centaine de sapeurs-pompiers, articulés autour d'un groupe de commandement, de trois groupes d'intervention feux de forêt, d'un groupe alimentation en eau, d'un groupe logistique et de la spécialité drone. Deux hélicoptères bombardiers d'eau ont procédé à une centaine de largages et la route départementale 6 a été coupée pendant la durée de l'intervention.

Nous avons travaillé avec les hélicoptères pour protéger le château... [ et les habitations attenantes ]

Le dispositif a permis d'assurer la protection du château et des habitations attenantes. Le bilan s'établit à 34 hectares parcourus, portant à plus de 385 hectares la surface brûlée dans le département depuis le début de la saison.

Les renforts extérieurs : "La Loire donne, la Loire reçoit".

Du 5 juillet au 17 août, le SDIS de la Loire a répondu à dix-sept demandes de renfort extérieur : colonnes de renfort, groupes d'intervention feux de forêt, relèves et renforts de commandement. Au total, 279 sapeurs-pompiers ligériens ont été déployés hors du département, dans neuf départements : l'Hérault, la Haute-Loire, la Seine-et-Marne, le Vaucluse, le Var, les Hautes-Alpes, l'Aude, la Gironde et la Drôme.

Ces engagements relèvent du dispositif national de renforts, activé par le ministère de l'Intérieur lorsqu'un département est mis en difficulté face à l'ampleur d'un sinistre. Chaque départ en colonne a été calibré en fonction du potentiel opérationnel journalier, de manière à préserver l'intégralité de la réponse départementale. Pendant près de six semaines, la Loire a été présente de manière quasi continue sur les grands feux de la saison.

En Gironde, le détachement ligérien a enchaîné 28 heures d'engagement dès sa première journée. Parti avec un groupe destiné à la protection des habitations, il a adapté ses missions en fonction de l'évolution du sinistre, entre surveillance, traitement de lisières et traitement des reprises de feu.

Dans les Hautes-Alpes, sur l'incendie du Bois Noir, les équipes ont été engagées cinq jours durant à des altitudes atteignant 1 900 mètres, avec du matériel, jusqu'à 30 kilos, porté à dos d'homme, plus de vingt kilomètres parcourus à pied par jour, sous une température dépassant les 30 degrés et avec l'appui de transports héliportés.

Une couverture opérationnelle maintenue

L'épisode orageux du 16 juillet a constitué la démonstration de la capacité du département à absorber une crise tout en maintenant ses engagements extérieurs. Ce soir-là, grêle, vents destructeurs et une tornade sur la zone commerciale de Ratarieux ont frappé la Loire. Plus de 1 600 appels sont parvenus au 18 et au 112 en quelques heures, conduisant à l'activation de la salle de débordement du CTA-CODIS. Plus de 850 interventions ont été réalisées, avec jusqu'à 300 sapeurs-pompiers engagés simultanément, dont 220 Ligériens, appuyés par les groupes tempête des SDIS de l'Isère et du Puy-de-Dôme. Huit mille foyers ont été privés d'électricité.

Ce soir-là, plusieurs dizaines de sapeurs-pompiers ligériens étaient déjà engagés hors du département. La continuité de la réponse opérationnelle a été assurée sur l'ensemble du territoire.

 

La collaboration avec le monde agricole

Les feux de cette saison ont confirmé le rôle déterminant des agricultrices et des agriculteurs dans la lutte contre les feux d'espaces naturels. Cette saison, 22 des 350 hectares parcourus par le feu dans la Loire étaient des terres agricoles : le monde agricole est à la fois exposé au risque et acteur de la réponse.

Une ressource en eau déterminante

L'alimentation en eau conditionne la durée pendant laquelle un dispositif peut être tenu. Sur les feux de cette saison, les exploitants ont mis leurs matériels à la disposition des secours : tonnes à eau attelées, cuves, bras hydrauliques, engins capables de rejoindre des parcelles inaccessibles aux véhicules de secours. Une tonne à eau agricole peut remplir la citerne d'un engin en moins d'une minute, là où une rotation vers un point d'eau éloigné immobilise le camion plusieurs dizaines de minutes.

Ce concours a joué dans la Loire comme sur les théâtres extérieurs. Cet été, l'appui d'exploitants locaux a permis d'accélérer significativement les rotations d'alimentation.

Une connaissance du terrain irremplaçable

Au-delà des moyens, les agriculteurs apportent une connaissance fine du terrain que ne remplace aucune cartographie : l'état de la végétation, la praticabilité des chemins d'exploitation, l'emplacement des points d'eau, les accès permettant de contourner un front de flammes. Sur des feux qui se développent en zone agricole ou en lisière, ces informations transmises au commandement font gagner un temps décisif.

Souvent premiers témoins d'un départ de feu, les exploitants sont également les premiers à donner l'alerte, ce qui conditionne directement la surface finale du sinistre.

Un partenariat désormais formalisé

Cette coopération s'organise. À la demande de la préfecture de la Loire, le SDIS 42 a élaboré cet été, avec la chambre d'agriculture, une série de fiches réflexes destinées aux agricultrices et aux agriculteurs en qualité de premiers intervenants sur un feu d'espace naturel. Ce travail traduit un principe simple : sur un feu naissant en zone agricole, les minutes qui précèdent l'arrivée des secours sont déterminantes, et l'exploitant présent sur place peut en faire un usage utile à condition de connaître les règles d'engagement et ses limites.

L'innovation au service des conditions de travail

L'intensité de la saison a conduit le SDIS de la Loire à faire évoluer ses modalités d'engagement, avec un objectif constant : préserver le potentiel humain et matériel sur la durée. Une saison de feux ne se gagne pas sur une journée, mais sur la capacité à tenir plusieurs mois.

Porte-chars et bus : préserver les personnels et les engins

Le SDIS de la Loire a fait évoluer cet été les modalités de projection de ses colonnes de renfort. Les engins sont désormais acheminés sur porte-chars et les personnels transportés en bus : plus d'une dizaine de rotations ont été organisées entre juillet et août.

Ce dispositif répond à deux objectifs. Il permet d'abord aux sapeurs-pompiers d'arriver reposés et immédiatement opérationnels, sans avoir enchaîné plusieurs heures de conduite avant le premier engagement — un facteur déterminant lorsque les premières journées d'engagement peuvent durer près de trente heures. Il préserve ensuite le potentiel des camions-citernes feux de forêt, qui arrivent sans usure de transport ni risque d'avarie, prêts à être engagés dès leur arrivée sur le théâtre des opérations.

L'atelier et le magasin départementaux : la flotte prête à repartir

Cette capacité de projection repose sur un travail moins visible, mais déterminant : celui des agents de l'atelier et du magasin départementaux. Ils assurent l'entretien, les réparations et le réarmement d'une flotte de 600 véhicules roulants et de 40 matériels non roulants, avec plusieurs centaines de demandes de dossiers traités chaque mois, tout au long de l'année.

Pendant la saison des feux, leur activité conditionne directement la disponibilité opérationnelle. Au retour de chaque colonne de renfort, l'ensemble des engins est passé au crible, son matériel remplacé afin de garantir un retour en opération dans les meilleurs délais. Les tenues des sapeurs-pompiers sont changées, lavées et remises à disposition. C'est ce travail qui permet à un équipage et son camion rentré de colonne de renfort d'être à nouveau engageable dans la Loire quelques heures plus tard.

Le soutien sanitaire et logistique sur les interventions

La préservation des personnels passe enfin par leur accompagnement sur le terrain. Sur les feux de longue durée, le service de santé et de secours médical sont engagés aux côtés des équipes pour assurer la surveillance médicale des intervenants, en particulier lors des fortes chaleurs. Le groupe logistique assure pour sa part la relève, le ravitaillement et le soutien des personnels engagés, permettant de tenir un dispositif sur plusieurs jours sans dégrader les conditions d'engagement.

Conseils et recommandations

Selon Météo-France, neuf feux sur dix sont d'origine humaine, et la moitié d'entre eux résulte d'imprudences ou de comportements dangereux. La saison n'étant pas achevée, le SDIS de la Loire rappelle le cadre réglementaire applicable et les outils mis à disposition du public.

Consulter le niveau de danger avant toute activité à risque

Météo-France publie chaque jour, vers 17 heures, la Météo des forêts : une carte départementale du danger de feu pour le lendemain et le surlendemain, déclinée en quatre niveaux — faible, modéré, élevé et très élevé. En 2026, le dispositif est diffusé du 28 mai au 30 septembre. Cette carte n'informe pas sur les incendies en cours : elle évalue la facilité avec laquelle un feu pourrait se déclarer et se propager.

Les sapeurs-pompiers utilisent par ailleurs un repère opérationnel simple, dit règle des trois fois trente : lorsque la température dépasse 30 °C, que le vent excède 30 km/h et que l'humidité de l'air descend sous 30 %, la végétation est sèche en profondeur et la vitesse de propagation d'un feu devient supérieure à la vitesse de course d'un homme. Ces conditions doivent conduire à reporter toute activité susceptible de générer une étincelle ou un point chaud : débroussaillage mécanique, tonte, soudure, meulage, écobuage ou barbecue à proximité d'une zone de végétation.

👉 Consulter la Météo des forêts

Débroussailler : une obligation légale sur 35 communes de la Loire

Le débroussaillement constitue la principale mesure de prévention du risque d'incendie de forêt. Selon Géorisques, 80 % des feux se déclarent à moins de 50 mètres des habitations.

Dans la Loire, l'arrêté interministériel du 6 février 2024 modifié classe au titre des articles L.132-1 et L.133-1 du code forestier les massifs forestiers du Pilat et du Sud Forez. Son annexe recense 35 communes ligériennes concernées. L'arrêté préfectoral du 8 avril 2026 fixe pour sa part les modalités d'exécution du débroussaillement dans le département.

Sur ces territoires, l'obligation légale de débroussaillement s'applique à l'intérieur des massifs classés et dans une bande de 200 mètres autour de ceux-ci. Elle impose au propriétaire de débroussailler et de maintenir en état débroussaillé une profondeur de 50 mètres autour de toute construction, chantier ou installation, ainsi que les abords des voies privées d'accès. Ces obligations sont définies aux articles L.131-10 à L.131-16 et L.134-5 à L.134-18 du code forestier.

👉 Vérifier si votre parcelle est concernée sur le Géoportail du débroussaillement 

👉 Les obligations légales de débroussaillement dans la Loire — services de l'État

Signaler un départ de feu : appeler, ne pas filmer

Tout départ de feu doit faire l'objet d'un signalement immédiat au 18 ou au 112. Le délai entre l'éclosion et l'arrivée des secours conditionne directement la surface finale du sinistre. Le feu de Saint-Just-Saint-Rambert, le 23 août, en apporte l'illustration : l'intervention rapide des secours, favorisée par une absence de vent, a limité le sinistre à deux hectares et évité sa propagation à une exploitation agricole et à une forêt de feuillus voisines.

Le SDIS de la Loire appelle par ailleurs l'attention du public sur une pratique en progression : la captation vidéo des départs de feu avant, voire à la place, de l'appel aux secours. Cette pratique retarde l'alerte, expose son auteur à un risque direct et peut entraver la progression des engins. Il est demandé de ne pas se rendre sur les lieux d'un sinistre, de ne pas suivre les véhicules de secours et de ne pas stationner sur les itinéraires d'accès, qui doivent rester dégagés — comme ce fut le cas à Sail-sous-Couzan, où la coupure de la départementale 6 a été nécessaire à la conduite des opérations.

Lors de l'appel, l'opérateur du CTA a besoin de trois éléments : une localisation aussi précise que possible — commune, lieu-dit, voie la plus proche —, la direction du vent lorsqu'elle est perceptible, et l'éloignement immédiat de l'appelant de la zone concernée.

👉 Les bons réflexes face au risque de feu de forêt — feux-foret.gouv.fr 

👉 Dans quel cas le débroussaillement est-il obligatoire ? — service-public.fr

 

Lexique : comprendre les moyens engagés

Colonne de renfort feux de forêt. Formation projetée d'un département vers un autre, à la demande de l'État, lorsqu'un territoire est dépassé par l'ampleur d'un sinistre. Une colonne rassemble généralement une cinquantaine de sapeurs-pompiers et une quinzaine d'engins, articulés autour de plusieurs groupes d'intervention et d'un groupe de commandement. Autonome pour plusieurs jours, elle peut réunir des personnels issus de plusieurs départements. Chaque colonne porte un nom de code — Charlie, Écho, Fox-Trot, Delta — qui permet de l'identifier sur le théâtre des opérations.

GIFF — Groupe d'intervention feux de forêt. Unité de base de la lutte contre les feux de végétation. Un GIFF réunit quatre camions-citernes feux de forêt et un véhicule de commandement, soit dix-huit sapeurs-pompiers placés sous l'autorité d'un chef de groupe. Il peut être engagé seul sur un feu naissant ou intégré à une colonne sur un feu de grande ampleur.

CCF — Camion-citerne feux de forêt. Engin tout-terrain transportant de l'eau et un équipage réduit. Il dispose d'un système d'autoprotection permettant de créer un rideau d'eau autour de la cabine si l'équipage venait à être encerclé par les flammes.

Groupe de commandement. Ensemble des moyens dédiés à la conduite des opérations : officiers, véhicules de commandement et moyens de transmission. Il assure la coordination des groupes engagés et la liaison avec les autorités.

Groupe alimentation en eau. Moyens spécialisés dans l'acheminement de l'eau vers le front de flammes, indispensables lorsque les points d'eau sont éloignés du sinistre. Il conditionne la durée pendant laquelle une intervention peut être tenue.

Groupe logistique. Moyens assurant le ravitaillement, le soutien des personnels et la relève sur les interventions de longue durée.

Hélicoptère bombardier d'eau (HBE). Aéronef effectuant des largages successifs à partir d'un point d'eau proche du sinistre. Particulièrement adapté aux zones escarpées ou inaccessibles aux moyens terrestres, il permet de traiter des foyers qu'aucun engin ne peut atteindre.

Dispositif préventif. Positionnement anticipé de moyens sur un secteur exposé, avant tout départ de feu, lorsque les conditions météorologiques le justifient. L'objectif est de traiter un éventuel départ dans les toutes premières minutes.

Moyens aériens. Les avions et hélicoptères bombardiers d'eau relèvent de la Sécurité civile, à l'échelon national. Ils n'éteignent pas un feu à eux seuls : ils ralentissent sa progression afin de permettre aux moyens terrestres de le traiter. Leur engagement est décidé au niveau zonal ou national, en fonction des priorités du jour sur l'ensemble du territoire.

Traitement de lisière. Travail méthodique le long des bordures d'un feu éteint ou fixé, destiné à supprimer les points chauds susceptibles de provoquer une reprise.

SSSM et soutien sanitaire opérationnel. Le service de santé et de secours médical assure le suivi médical des sapeurs-pompiers. Sur les interventions longues ou par forte chaleur, un dispositif de soutien sanitaire est déployé sur zone pour surveiller l'état des intervenants et prévenir les malaises.

CTA-CODIS. Le centre de traitement de l'alerte reçoit les appels au 18 et au 112 (114 pour les personnes sourdes et malentendantes). Le centre opérationnel départemental d'incendie et de secours engage les moyens et suit l'ensemble des interventions du département. En cas d'afflux exceptionnel d'appels, une salle de débordement peut être activée pour renforcer les capacités de réception.

Intervention de niveau 3. Classification interne du niveau d'engagement. Le niveau 3 correspond aux interventions les plus importantes, mobilisant plusieurs groupes, un dispositif de commandement dédié et, fréquemment, des moyens extérieurs au secteur concerné.

Pour aller plus loin